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La plus belle soirée de ma vie (Take 1)
FN-JOURNAL: La Taverne

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  #1  
Vieux Chronique de schnockelloch, publiée 31/05/2016, 19h18
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La plus belle soirée de ma vie (Take 1)


C’était il y a pas loin de huit ans maintenant. J’avais récupéré de manière plutôt imprévue la garde alternée de mes enfants et je me suis retrouvé dans l’obligation de trouver un appartement quasiment en un weekend. Je suis tombé sur une annonce curieuse “loue en bail précaire grand appartement de 6 pièces dans le quartier gare”.
Effectivement c’était énorme et c’était précaire. L’immeuble où se situait l’appartement allait être démoli pour construire la future école d’architecture de Strasbourg ... dans les deux mois. Pour le moment ça m’allait très bien, je le prends et le loue pour un prix défiant toute concurrence. C’est grand et c’est parfait!

L’avantage de ce genre de futur chantier c’est qu’il y a toujours un voisin mécontent, un entrepreneur qui se sent floué ou juste un gars qui veut embêter tout le monde, mais cela engendre des procès. Le temps que les avocats justifient les honoraires et que tous les obstacles légaux soient levés mes deux mois se sont transformés en six. Vous même, quand vous êtes dans ma situation, vous occupez votre logement de manière curieuse. Vous aménagez deux chambres sympas pour les enfants, une plus basique pour vous, un vague salon, vous achetez de quoi cuisiner et les deux pièces restantes servent d’entrepôt ou de salle à activité diverse. Vous ne défaites jamais vraiment vos cartons, et la semaine où les enfants ne sont pas là, en fait vous êtes plus une sorte de campeur en intérieur qu’un vrai occupant. Vous ne faîtes aucun effort de décoration ou d’aménagement, le but est de ne surtout pas se sentir chez soi. Mais un jour il faut bien partir, vous déménagez vos vagues meubles et vos cartons jamais défaits et vous voyez arriver un vendredi soir des grues avec des boules de démolition en regardant par la fenêtre de votre appartement vide.

Je n’avais jamais vraiment lié de liens avec mes voisins sinon. Il y avait visiblement deux étudiants colocataires, un couple de ce qu’on pourrait appeler des “jeunes actifs précaires” et une sorte de couple de quadra façon vieux hippies mal reconvertis, on appelait pas encore cela des hipsters. Nous n’étions pas amis, mais nous nous étions mis d’accord sur une chose: la dernière soirée dans l’immeuble, on organiserait une grande fête.

Ce jour était arrivé, l’organisation était pour le moins rudimentaire. Comme seule précaution nous nous étions assurés que le gaz était coupé mais étonnamment il y avait encore de l’eau courante et un minimum d’électricité dans l’immeuble. L’agence immobilière n’avait pas jugé utile, vu que l’immeuble allait disparaître de faire un état des lieux de sortie et de nous reprendre les clés. Grosse erreur!

Le concept de la soirée était simple: chacun invitait qui il voulait, faisait ce qu’il voulait mais par contre toutes les portes des quatre étages resteraient ouvertes et on pourrait chacun aller dans l’appartement vide des autres. Comme il y avait du courant, chacun avait plus ou moins sa propre sono avec son ambiance propre à chaque étage, et une sorte de table avec un peu de bouffe.

La suite appartient à l’histoire. J’ai des souvenirs paradoxalement assez clairs mais je me demande si c’est ce qui s’est réellement passé ou une sorte de reconstitution post mortem faite par mon cerveau.

Le début est classique, chacun vient avec de la bouffe, j’avais pris des sacs poubelles et de la vaisselle en carton qui seront évacués avec l’immeuble. Ma playlist est évidemment plutôt electro et j’avais pris des bombes de peinture pour qu’on puisse tagger les murs. Le début est sobre et les trente personnes que je connaissais sont chez moi. La soirée a dû mettre jusqu’à 22-23h pour partir et que chaque étage soit suffisamment imbibé pour sortir de “son” étage et aller chez le voisin en fait.

L’interêt de ce concept c’est que quand vous avez au milieu de votre salon des parfaits inconnus c’est normal, quand vous voyez un gars qui commence à attaquer le mur à coups de masse (d’ou sortait cette masse ?) c’est normal. Et quand à minuit, j’habitais au troisième, vous voyez des gars évacuer une pièce pour que d’autres au-dessus percent un trou permettant de passer d’un étage à l’autre non pas par l’escalier mais avec une corde, c’est toujours à peu près normal.

Le tout dans une semi obscurité à partir de 23h car il n’y a évidemment que très peu de lumière opérationnelle dans l’immeuble. L’alcool aidant c’est toujours normal... Tout va bien!

Peu avant minuit j’ai environ 100 personnes dans mon appartement, de l’eau commence à couler du dessus, je suppose qu’on a dû percer un tuyau, j’ai une sorte de douche perpetuelle dans ce qui était la chambre de mes enfants. Je me souviens avoir fait un crochet chez les voisins et c’était pareil, il y a entre 500 et 800 personnes dans l’immeuble, évidemment on est débordé, les invités initiaux sont pour beaucoup partis terrifiés par la tournure de la soirée chez les “jeunes actifs précaires”, les hipsters se rappellent Woodstock et les étudiants ... sont des étudiants.

Je remonte “chez moi” et je patauge tant bien que mal quand je vois un parfait inconnu s’envoyer en l’air avec une parfaite inconnue en levrette sur la droite et devant moi une tout aussi parfaite inconnue qui se trémousse sous la “douche”. On était début septembre il faisait encore assez chaud, j’ai un concours de t-shirt mouillé chez moi.
La fille me regarde et me dit :
- Cool comme soirée, jamais vu ça
- Moi non plus!
- En fait c’est des potes qui rentraient et qui ont entendu du bruit et qui sont rentrés. On démolit l’immeuble et les gens y font une soirée no-limit chez eux.
- Euh ... Oui enfin ... Ca doit être ça !
- Tu les connais ?
- Ben ... En fait là tu es chez moi ... Enfin c’était chez moi!
- Ah c’est toi qui organise cette soirée ?
- Organiser est un bien grand mot ... Mais oui ... J’ai 100 personnes que je connais pas chez moi pour la première et je pense seule fois de ma vie ...
- Faut que je te remercie
Elle enlève son t-shirt ce qui ne change pas grand chose à ma vue vu que mouillé comme il était je voyais déjà tout... Derrière moi j’entends des cris d’une vingtaine d’inconnus dans ce qui était mon salon assistant à la scène. Un gars enlève à son tour son haut suivi d’une autre fille.
Visiblement ce n’était pas comme ça en fait que la fille voulait me remercier mais je n’avais pas compris tout de suite.
- Tu veux de la coke ?
- Euh ... Pourquoi pas ...
- Ou de la MD mais j’aimerais qu’on baise d’abord sous coke, je te file de la MD après parce qu’avant c’est pas top.
- Euh ... Oui ... Non ...
- T’as un téléphone ???
- Oui
Elle sort un petit sachet et met de quoi se faire deux lignes de coke sur la partie vitrée du téléphone. Puis elle sort la pipette.
- Tu as déjà baisé sous coke ?
- Oui
- Tu as déjà baisé une inconnue devant une centaine d’autres inconnus
- Non mais ceux derrière moi nous ont devancés. Et toi ?
- Non mais j’ai envie de voir ce que ça fait.
Trente minutes plus tard, la fille me passe une gélule de MD.
- Tu connais, ça devrait se déclencher dans une heure. OK

Les deux heures après la prise de coke sont une sorte de trou noir psychédélique de ma vie. Je me souviens avoir couché avec la fille contre le mur, avoir vu une blonde recevoir une double pénétration dans la pièce à côté, m’être fait bousculer par des dizaines de personnes en faisant tout ça. Je me souviens avoir mis “out of control” des Chemical Brothers pour coucher avec. C’était parfaitement adapté.

Tout ceci est délirant, il doit y avoir genre 1000 personnes dans l’immeuble, ce qui se passe est à la limite du descriptible. Le genre d’expérience qui ne se raconte pas mais qui se vit. Je ne sais plus ce qui est vrai, faux, issu de mon imagination ou en face de moi, produit de la drogue ou de l'alcool, je ne sais pas qui sont les gens en face de moi, en dessus, au dessous, je ne m’étonne pas de voir des gens passer d’un étage à l’autre par des cordes.
Tout ceci est dingue ... Dingue mais dangereux...

Très dangereux ...

2h30 du matin, je sors de ma torpeur attirés par des gyrophares dans la rue. Il y a une centaine de personnes dans la rue et surtout ... une camionnette de police. Je me dis que les ennuis commencent, essaie de rassembler ma lucidité même si je sens bien que la gélule de E s’est déclenchée et que je dois avoir les pupilles parfaitement dilatées.
J’ai un moment de lucidité. Je me dis que la seule chance de m’en sortir est d’être honnête.
Un policier est en train de discuter avec le “jeune actif précaire” puis vient me parler:
- C’est vous qui organisez cette soirée ?
- Oui enfin on est surtout débordé.
- L’immeuble va être démoli lundi mais si ça continue il va s’effondrer tout seul, vous vous rendez compte du danger de la situation ?
- Oui mais je pense qu’évacuer tout ce monde ça peut mal finir aussi.
- Il y a de l’alcool à l’intérieur ?
- Oui
- De la drogue ?
- Oui
- Vous savez qui l’a apporté
- Non je ne connais pas les gens qui sont chez moi, ça peut paraître dingue mais c’est vrai!
- Vous même vous avez consommé?
- Oui
Et là je passe de la quatrième à la cinquième dimension. La police reste là mais me laisse vaquer à mes occupations, j’y retourne. Dix minutes plus tard une camionnette de pompiers arrive, je me dis “ca y’est c’était inévitable, il y a eu un accident”. En fait c’était juste les pompiers à titre préventif et il en sera de même avec une ambulance plus tard.

Cette présence aura pour effet de freiner le flux de nouveaux arrivants attirés par une sorte de téléphone arabe de SMS (Facebook et les réseaux sociaux étaient encore balbutiants à cette époque).
La soirée s’achévera 4 heures plus tard. 4 heures d’orgie de sexe, de danse, d’alcool et de n’importe quoi ... La police, les pompiers et les ambulances partiront. Il faut croire qu’il y a un Dieu vu qu’aucun accident n’a été à déplorer.

10 heures du matin, on décide entre occupants de l’immeuble de se prendre un petit déjeuner dans un café du coin. On se dit qu’on va tous finir en prison le lendemain mais on a tous le sentiment d’avoir vécu un truc exceptionnel. On sait aussi que c’est sans doute la première et la dernière fois qu’on partagera un café ensemble. On se sent liés par une sorte de secret indicible, un truc unique qui ne sortira jamais. On se trompe tellement mais ce n’est pas grave. On sait qu’on ne se reverra plus sauf en prison demain matin.
C’est un moment unique mais paradoxalement totalement jouissif.
On ne se reverra plus jamais effectivement. La police n’est jamais venue nous chercher, aucun de nous ne sera inquiété.

J’ai mis plusieurs mois à me remettre de cette soirée. Pas physiquement, le dimanche avait suffi mais psychologiquement, toutes les soirées entre amis et les sorties en boite, bar et concerts m’ont paru fades pendant des mois après, insipides. Tout était plus fade : les filles, les amis, la drogue (cela m’a d’ailleurs permis de bien réduire ma consommation paradoxalement).

L’autre surprise c’est le devenir de cette soirée. J’évalue à environ 800 à 1000 personnes le nombre de gens présents sur l’ensemble de la nuit. Mais presque dix ans après, sans savoir que c’était chez moi il n’est pas rare que j'entende à une soirée quelqu’un parler de la “fameuse soirée dans l’immeuble de la gare qui allait être démoli” ou de la “soirée du chantier de l’école d’architecture”.
Beaucoup en ont “entendu parler”, beaucoup "y étaient". C’est possible mais même dans ces circonstances on n’avait pas la capacité du Stade de France. Mais ils y étaient, ils ont vécu cette soirée mythique, ce projet X avant l’heure ou alors ils ont en eux cette frustration d'avoir raté cette légende urbaine. Sept voisins qui ne se connaitront jamais avaient juste voulu profiter d’un contexte particulier pour faire une soirée différente. On y est arrivé. En fait on n’a rien organisé mais on l’a voulu. Et je crois que dans un délire commun tous ceux présents ont compris que de toute façon cela ne se produirait qu’une fois, sans raison mais juste parce que c’était comme ça et ainsi il n’y a eu aucun incident mais pourtant il n’y a eu que des débordements.

Un mythe strasbourgeois s’était créé. Le propre du mythe c’est d’être comme Dieu, le Diable ou Keyzer Soze et qu’on se demande si il existe vraiment.

Dernière modification par schnockelloch ; 31/05/2016 à 19h49.



Vos commentaires
  #2  
Vieux 31/05/2016, 19h59
2 words
 
Toujours une aussi bonne plume Schnock' et en plus on est pas dans un recit que pourrait publier union cette fois xD
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