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La lutte c'est classe, ou la lutte des classes !?
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  #1  
Vieux Chronique de Dallas Pride, publiée 23/03/2020, 02h20
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La lutte c'est classe, ou la lutte des classes !?



Ayant participée à la rédaction d'un article sur ce sujet écrit à quatre mains avec une connaissance qui n'est pas sur le forum, j'ai décidé avec son accord de me réapproprier cette chronique et de la réécrire partiellement afin de la proposer à la Nation.

Ils s'appellent Tom La Ruffa, Senza Volto, Tristan Archer, Aigle Blanc, Dick Rivière, Amale ou encore Louis Napoléon sont très certainement ceux qui aujourd'hui représentent le mieux la lutte professionnelle française, que ce soit à l'international ou sur le territoire national. Malheureusement, leur renommée est bien moindre si on la compare à celle de l'Ange Blanc, du Boucher de Budapest, du Bourreau de Béthune ou du Petit Prince qui furent pendant entre la fin des années 50 et le tout début des années 1970, les sportifs favoris des Françaises et des Français.

Panem et circenses ( « pain et jeux du cirque ») dit la vieille locution latine. Et dans la France d'après-guerre, alors que le football professionnel n'en est encore qu'à ses balbutiements et que ce « noble art » qu'est la boxe anglaise n'était réservé qu'à une minorité de connaisseurs aisés, c'est le catch, ce sport spectacle, ce théâtre sportif qui c'est rapidement imposé comme l'un des divertissements favoris de la classe populaire française. Un Théâtre donc dans le sens romain du terme, ou se mêlent comédie et jeux du cirque, où s'affrontent à grands coups de prises improbables, de fourbes méchants prêts à tout pour la victoire et des valeureux gentils aux grands coeur. C'est très certainement par lineage, ou simplement pour faire écho à la Rome Antique que Rossignol Rollin, l'un des premiers promoteur de Catch en France et antithèse totale de l'aristocrate Pierre de Coubertin, père de jeux olympiques pour qui le sport devait être réservé à une caste noble ou tout du moins bourgeoise, débutait chacun de ses spectacles par la maxime : « Paris, Rossignol Rollin te salue, il y a du muscle dans l'air ! »

Après la « lutte professionnelle » comme l'appelle nos amis anglo-saxons et québécois n'est-elle pas née dans les foires ? Grâce à des anciens haltérophiles et d'anciens lutteurs gréco-romains qui connaissaient tous les mauvais coups ainsi que des techniques peu conventionnelles pour gagner à tous les coups. Ces fifrelins s'opposant pour quelques piécettes à d'autres athlètes, à des lutteurs amateurs, plus talentueux, mais au style beaucoup plus académique qui ne permettait pas de déjouer les techniques interdites de leurs opposants qui gagnaient souvent grâce à celle-ci. C'est sans doute de là qu'est née la rivalité entre les Faces et les Heels, l'éternelle opposition entre le blanc et le noir et qui est toujours très présente dans ce domaine. Bien que les “Tweeners” semblent aujourd'hui de plus en plus populaires.

Si aujourd'hui les pyrotechnies de l'AEW et les immenses stades aux rampes interminables de la WWE nous en mettent plein les yeux, à l'origine le catch, français en tout cas, est un spectacle populaire qui prend racine dans les zones industrielles ou pullulent mines, usines, ateliers. En France c'est donc dans la Flandre Française, dans le Nord et le Nord-Est ou encore dans des villes industrielles ou minières comme Amiens, Dunkerque, Lens ou Valencienne. Le 10 Juin 1936, quelques temps seulement après l'arrivée du Front Populaire au pouvoir, Léo Lagrange alors Ministre des Sport dénonce : « La pratique de sport restreints à un nombre relativement petit de privilégiés » avant d'annoncer que « c'est du côté des masses qu'il faut porter le plus grand effort ». C'est donc grâce a de nombreuses mesures portées par le gouvernement de Léon Blum que le sport se démocratise auprès de l'Homme Populaire qui le découvre que ce soit en tant qu'acteur ou simple spectateur.

Hors qu'est-ce que le catcheur, si ce n'est « l'Homme Populaire » par excellence, ou devrais-je dire le « surhomme populaire » !? Et pour être surhomme ET populaire, ces athlètes de haut niveau se doivent de verser dans la caricature, afin de plaire aux petits comme aux grands, à madame comme à monsieur ! Exit les Henri Deglane et les Félix Miquet, avec leurs noms franchouillards et leurs bonnes têtes de français moyens, il faut désormais faire place à l'immaculé Ange Blanc et au Bourreau de Béthune, aussi brutal que perfide. Pendant plusieurs années, ces El Santos et Blue Demon français s'affronteront plusieurs fois répétant l'éternelle réédite du duel entre le bien et le mal pour le plus grand plaisir des spectateurs et des spectatrices.

« Partant du constat vérifié que la mandale justicière constitue l’opium des foules, pourquoi s’en priver sur le ring ? »
- Christian-Louis Eclimont, auteur de Catch l’Age d’Or : L’épopée des “Michel-Ange” du Ring.

Lorsqu'il apparaît pour la première fois sur la scène de l'Elysée Montmartre, l'Ange Blanc fait tout de suite sensation en promettant de ne pas prendre de repos avant d'avoir « punit tous les méchants ». Le visage dissimulé derrière un masque blanc, le catcheur devint rapidement une star, un vrai phénomène de société disputant la Une des quotidiens sportifs à Raymond Kopa, premier footballeur français ultra-médiatique et joueur emblématique du Stade de Reims. Aux côtés de l'Ange Blanc, on retrouve également Chéri Bibi, le Petit Prince ou encore l'immense Géant Ferré que le monde entier découvrira quelques années quelques décennies plus tard sous le pseudonyme d'André The Giant. Tous sont adulés par les fans, tantôt comme des sportifs, tantôt comme des symboles.

« L’Ange Blanc, j’ai bien le droit de le dire, c’est le plus formidable succès sportif de l’après-guerre. Pas une vedette de la boxe, du football, du cyclisme, de l’athlétisme, n’a atteint une pareille notoriété, aussi durable. Le personnage est devenu autre chose qu’un homme dont la réussite n’a aucun caractère grossier ou frelaté. »
- Alex Goldstein, pour le magazine Détective du 4 Octobre 1964.

Si le personnage est devenu autre chose qu'un homme, il l'a également peu à peu dépassé, effacé et si aujourd'hui bon nombre de français et de françaises évoquent encore l'Ange Blanc avec Nostalgie ou amusement, rare sont ceux à se souvenir de Francisco Pino Farina, premier et plus célèbre interprète de l'ange exécuteur. Immigré espagnol, devenu par la force des choses symbole de la France bohème de l'après-guerre est mort quelques décennies plus tard dans un anonymat assez relatif. Idem pour sa némésis, Jacques Ducrez, un ancien chauffeur de taxi qui n'est entré dans la postérité qu'en tant que Bourreau de Béthune, « le plus méchant des méchants » comme l'écrivait Paris Match dans son numéro du 14 février 1959, mais qui est décédé d'un cancer des os en 2009.

En France le Catch c'est mis à décliner, d'une part à cause de la révolution culturelle qui a suivi Mai 60, l'évolution des moeurs ringardisant progressivement le culte de l'homme fort et reléguant ce sport spectacle au rang de lubie ringarde, nanardesque, pour ne pas dire beauf. Et d'une autre pour des raisons économiques, les promoteurs de plus en plus gourmands entrant d'abord en conflit avec la télévision, puis avec les catcheurs eux-mêmes. Ceux qui avaient créé l'Ange Blanc, Lino Ventura et le Bourreau de Béthune se mirent en effet à exploiter les catcheurs. « Les Matchmakers travaillaient au noir et s'en mettaient plein les poches. Ils se faisaient des milliards au black, on les appelait la Mafia du Catch » dénonçait Marc Mercier, en Juin 2017 dans une interview publiée par le site Vice. Souvent non-déclarés, les athlètes ne touchaient quasiment rien des recettes des shows et il fallu une lutte sociale longue de huit ans, entre 1968 et 1976 pour que les catcheurs soient officiellement reconnus comme des intermittents par l'état français.

Autrefois principaux théâtres du catch en France, l'Elysée Montmartre et le Cirque d'Hiver ont désormais été remplacés par le Studio Jenny à Nanterre, mais le plus beau des sports spectacles ne ressemble plus beaucoup à celui qu'ont connus nos parents et nos grands parents. Le Business étant largement dominé par la WWE et ses stars que nous connaissons toutes et tous. Néanmoins malgré le strass et les paillettes la vie de lutteur n'est pas idéale. Le catch américain (de haut niveau dirons nous) étant l'un des rares sports à ne pas avoir été interrompu depuis le début de la crise sanitaire du Coronavirus et ce quitte à faire combattre des athlètes dans des salles vides et donc à mettre leur santé en danger pour quelques milliers de dollars de plus.

Si le catch a toujours senti bon le capitalisme, catcheurs et catcheuses sont en réalité de belles allégories du prolétariat. Malgré leurs richesses, ils sont contraint de vendre leur force de travail et leur santé pour divertir les foules et permettre aux fédérations d’engranger de l’argent. Une étude de 2014 menée par l’Université du Michigan montre qu’entre 1988 et 2014, 16% des lutteurs décédés l’ont été avant l’âge de cinquante ans. 38% de ces décès étant causés par des problèmes cardiovasculaires souvent liés à une trop grande prises de médicaments. Il s’agit d’un chiffre quinze fois plus élevé que la moyenne et presque supérieur à celui des personnes en obésités morbides.

Gladiateurs des temps modernes, sportifs et comédiens aux mœurs semblables à celles des super héros Marvel, nombre de lutteurs ne sont en réalité que des salariées et des salariés qui sacrifient leur corps, afin d’offrir du jeu à une population toujours plus avide de divertissements.


Dernière modification par Dallas Pride ; 23/03/2020 à 02h28.



Vos commentaires
  #2  
Vieux 23/03/2020, 08h34
Fan2Hubert289
 
Merci pour cette chronique Dallas ! Dans quel contexte as-tu eu l'idée de traiter ce sujet particulier ?

J'aime beaucoup le sujet, je trouve fascinant le fait que la France ait été une terre de catch bien avant les années 2008.

J'avais totalement oublié la carrière de Lino Ventura dans le catch, ça me fera l'occasion de creuser le sujet

Il y a un peu de documentation sur Youtube pour ceux qui voudraient voir à quoi cela ressemble :

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  #3  
Vieux 25/03/2020, 00h30
Vingtras
 
Ahahah, tu as ajouté "Aigle Blanc" maintenant.

Bon, cette chronique, outre le fait de l'avoir reçu alors que j'étais dans mon intimité intime me fait penser qu'avec ce titre, j'aurais aimé que tu penses ce divertissement comme plutôt pour l'élite ou non, et surtout pourquoi. Car ici, c'est à peine effleuré.
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  #4  
Vieux 25/03/2020, 03h00
Eleven
 
Encore un coup des bolchéviks avec leur satanée lutte des classes.

Au-dela de ça, d'habitude je ne réagis pas réellement aux chroniques, parce que je m'en cogne notamment, mais c'était très intéressant.

Le sujet était très différent de ce qu'on a en règle général et il propose une vraie ouverture de discussion.
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  #5  
Vieux 27/03/2020, 12h24
raf the warrior
 
J'ai eu la chance de lire l'article complet en avant première, Dallas a réduit le texte et les éléments d'explication sociologico-marxistes sont plus prégnants dans la version complète qu'ici.

Je pense que pour élargir le débat on pourrait considérer le modèle economique de la WWE comme de l'autogestion capitaliste.
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