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Voyage chez les sauvages
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Vieux Chronique de Franco, publiée 23/08/2004, 17h22
Franco
 

Voyage chez les sauvages


Chronique originalement publiée le: 22 août 2003

Quand on est paresseux, on recycle du vieux stock. C’est ce que je vais faire, puisque je suis paresseux et que j’ai du vieux stock. Il y a quelques années j’ai suivi un cours sur l’histoire des amérindiens. Dans ce cours le professeurs nous a laissé le choix entre faire un travail de recherche sérieux ou encore faire une création littéraire. J’ai choisi la deuxième option, en me basant sur un travail que j’avais fait au Cégep. J’ai alors consulté des textes datant de la Nouvelle-France. D’abord les riches et très intéressant relations des missionnaires Jésuites. Puis certains textes d’aventurier de l’époque, comme ceux du Baron de Lahontan, un intellectuel pas assez connu de cette époque. J’espère que vous aimerez, pour les deux personnes qui auront le courage de lire au complet bien sûr.


AVANT PROPOS

Ce texte de Jean de Lamare a été trouvé il y a peu de temps dans un vieux manoir en France. De Lamare (1611-1671) était un aristocrate porté sur l'aventure. Il a fait de nombreux voyages en Asie, en Afrique et en Amérique. Il a été envoyé en Nouvelle-France en 1641 par la Compagnie des Cent Associés, pour qu'il trouve des façons d'améliorer le commerce avec les Hurons. Malheureusement ces textes ont été perdus. Le texte qui suit a été trouvé en mauvais état, il y a des partis qui sont illisibles. Pour faciliter la lecture nous avons choisis de l'adapter au français actuel. Mais pour conserver un peu le cachet de l'époque, certains mots et expressions ont été laissés en vieux français. De plus, nous nous sommes permis d'inclure quelques notes en bas de page quand nous l'avons jugés nécessaires.


BONNE LECTURE!
L'ÉDITEUR.


Lettre au Baron de Lamare
Domaine Delajoie, Digne1
1643

Chère famille, je vous envoie mes plus sincères salutations. J'espère que tout va bien en notre beau domaine. Je suis présentement à l'habitation que l'on nomme Québec, c'est un de nos bons François, Monseigneur Champlain, qui l'a fondée. En cette habitation j'ai rencontré un très gentil homme, capitaine d'un vaisseau de notre bon Roi, qui retourne en France. Il a gentiment accepté de vous donner cette lettre. Puisque sa famille habite un bourg près de notre domaine, il m'a dit qu'il vous la remettra lui même, que Dieu le bénisse. J'ai passé beaucoup de temps chez les sauvages que l'on nomme Huron. Je vous transmets avec cette lettre le journal que j'ai écrit pour vous. J'ai aussi écrit des rapports pour ces messieurs les associées de la Compagnie des Cent Associés2. Ces messieurs qui m'ont nommé représentant chez les Hurons pour deux ans. J'espère que ce journal vous rassurera sur le sort de votre fils en pays barbares. Il me reste encore une année à faire en Nouvelle-France, mais à Québec seulement. Je dois apprendre ce que je sais de la langue des Hurons à quelques missionnaires. Ça ne sera pas tâche facile car c'est une langue complexe. Mais la vie sera beaucoup moins dure avec nos François3, je mangerai à ma faim. Alors je vais vous revoir dans un an et vous verrez un homme endurci par la vie en ce pays.

Jean, votre fils qui vous aime

Québec en Nouvelle France,
vingt août 1643.


RÉCIT DU VOYAGE POUR LE PAYS DES HURONS.

Quand j'ai aperçue les Terres Neuves, portes d'entrée de la Nouvelle-France, j'ai sauté de joie. La traversée est longue et pénible, de plus j'ai été malade pendant longtemps. Mais je ne suis pas à plaindre, j'ai été très choyé par le bon capitaine, par rapport aux pauvres gens. Moi je jouissais de ma propre cabine, les pauvres gens, eux, se reposaient dans la même pièce sale et puante. La nourriture est infecte, elle ne se compare pas à notre bonne table. Mais là encore, j'étais mieux soigné que les pauvres petits gens. Ma nourriture était beaucoup mieux que la leur, d'ailleurs j'ai donné une partie de ma ration à une jeune femme qui avait un gros ventre et à un jeune garçon malade. Grâce à Dieu, ils ne sont pas morts de ce long voyage. Un peu plus tard, nous sommes entrés sur la rivière St. Laurent, une très grande rivière. Le paysage est magnifique, surtout près d'un endroit nommé Tadoussac. Finalement, nous sommes arrivés à l'habitation de Québec fondé par monseigneur Champlain en 1608. Les François d'ici m’ont dit beaucoup de bien de cet homme. Je suis resté seulement trois jours à Québec, le temps que l'on charge de la marchandise pour Trois-Rivières sur le bateau. Puis, c'est le départ pour l'habitation de Trois-Rivières, qui fut fondée en 1630. C'est à cet endroit que je quitte définitivement le navire, le reste du voyage devant se faire avec les sauvages. Le voyage se fait en navire nommé canot d’écorce et je dois attendre que des hurons arrivent à Trois-Rivières pour partir avec eux. Après deux jours d'attente, un groupe de Hurons arriva à l'habitation pour changer leurs fourrures contre des produits de France. Après plusieurs discussions, et cadeaux, le gouverneur de Trois-Rivières réussi à nous faire accepter des Hurons. Le départ se fit donc le 9 Juillet 1641. Mon groupe est composé de 20 Sauvages, des frères Martin et Pierre, de leurs assistants Marc, Gérome, Paul et de moi.

Le voyage a été très dur. On ne fait que naviguer sur la rivière pendant toute la journée. Les canots des Hurons ne sont pas confortables, ce sont de très petits navires fabriqués en écorce. Ils sont très étroits et on s'y place les genoux par terre. Pendant le voyage, nous sommes condamnés à être muets. Moi et les autres François ne parlons pas la langue huronne et les Hurons ne parlent pas la langue de notre bon Roi. Il faut aussi ramer avec les Hurons, durant toute la journée. Pour moi ça ne pose pas trop de difficultés, mais c'est autres choses pour les frères Martin, Pierre et leur assistant. C'est plus difficile encore car nous ne pouvons pas bien récupérés, nous dormons sans toit à tous les jours. Nous dormons sur le sol humide, je ne trouve que difficilement le sommeil. De plus, nous mangeons très mal, quand nous mangeons. Pas plus de deux repas par jour, au levé et au couché. La nourriture se compose d'un fruit de la Nouvelle-France, le blé d'Inde4. Les Hurons ont caché des provisions tout le long de notre route, mais parfois ils ne les retrouvent pas, dans ce cas nous jeûnons. Pendant le voyage, j'ai remarqué que les Hurons ont une manière intéressante de faire du feu. Ils pratiquent un creux dans un bout de bois dans lequel ils mettent de la poudre de feuille. Ensuite, ils prennent une baguette de bois et la font tourner dans le creux de l'autre bout de bois. La poudre vient qu'à prendre feu et il utilise ce petit feu pour en allumer un gros. Le voyage est rendu plus difficile par les nombreux sauts d'eaus ou chutes, à ces endroits l'eau tombe ou est trop mouvante pour les canots. Il faut alors marcher sur les cotés des rivières avec tout notre bagage sur le dos, il faut même porter les canots, heureusement qu'ils ne sont pas trop lourds. Mes compagnons François ont beaucoup souffert de ces épreuves.

Après un long portage, nous sommes arrivé dans la mer Douce5, une très grande étendue d'eau. Les François m'avaient dit que les Hurons habitaient sur les bords de cette mer6. Après un peu de
navigation nous avons quitté les eaux. En marchant sur les bords de la mer Douce, j'ai remarqué un espèce de village abandonné, mais je ne savais pas ce que c'était. Plus tard, j'ai appris que c'était un ancien village Hurons, car ceux-ci changent de village à tous les douze ans. Ils se déplacent quand il n'y a plus de quoi se nourrir. Finalement, nous sommes arrivés au fort Sainte-Marie, fondé par le père Lalemant en 1640, le 30 Juillet, le voyage a donc durer 21 jours. Ce qui me fit le plus de plaisir c'est de trouver des François qui parlaient la langue des Hurons et qui connaissaient les Hurons.

MES DÉBUTS CHEZ LES HURONS

Comme je ne suis pas chez les hurons depuis fort longtemps, je ne les connais pas beaucoup. Mais j'ai observé certaines choses que je vous décrirai. Je commence à parler un peu la langue, mais pas beaucoup. J'ai appris que les Hurons se nomment eux même les Ouendats, je ne sais pas si ça veut dire quelque chose. Les Hurons ont le teint basané, les cheveux noirs très gras, ils ne sont ni trop maigre ni trop gras, pour la plus part car j'en ai vu un fort gras. Il y a quelques hommes qui sont massif comme des arbres, ils sont très bien faits et inépuisables. Ils ont tous une longue chevelure noire, les hommes comme les femmes. Les Hurons n'ont pas de barbes et ils détestent la barbe. Ils trouvent que c'est une monstruosité, ils disent qu'elle amoindrit l'esprit. Quand il voit un barbu ils lui disent: "Barbu, tu es un barbu!".
Heureusement je ne porte pas de barbe.

Les missionnaires m'ont dit qu'il y avait à peu près 20 000 Hurons, éparpillés dans une vingtaine de village7. Les villages sont parfois entourés d'une grande palissade en bois pour arrêter les ennemis, les Hiroquois8. Il y a dans les villages environs 30
cabanes, ce qui fait plusieurs ménages. La population des Hurons a beaucoup chuté en raison des épidémies qui sont nombreuses en Nouvelle-France. Les cabanes des Hurons ont un squelette de perches de bois recouvertes d'écorces. La longueur de ces cabanes dépend de la grosseur de la famille qui l'habite, mais j'en ai mesuré une de 27 toises de longueur et 7 de largeur9. Elles sont hautes de manière à pouvoir y circuler debout. De chaque coté il y a une grande tablette qui traverse la cabane sur la longueur. Les sauvages dorment sur cette tablette, mais le père Joseph m'a dit que l'hiver ils dormaient sur le sol pour se rapprocher du feu. Je verrai bien car moi aussi j'habite dans une de ces cabanes, car il n'y a plus de place dans celle des Jésuites10. Chaque famille a une petite partie de la cabane, mais il n'y a pas de mur entre elles. J'ai observé qu'ils commençaient à remplir les tablettes de bois. J'ai compris d'un Huron que c'était pour le feu l'hiver et qu'ils rempliraient les deux tablettes. Il y a plusieurs feux dans les cabanes, je crois qu'il y a environ quatre familles pour chaque feu.

La nourriture n'est pas comme en France, elle est moins bien préparée. Elle n'est pas pour faire plaisir aux gens, mais pour les nourrir. On mange surtout du blé d'Inde, c'est l'aliment de base, un peu comme le pain chez nous. On le mange de différentes manières: pilé, rôti, égrené et en sagamité. La sagamité est une espèce de bouillie de farine de blé d'Inde, parfois on y rajoute de la viande ou du poisson, j'aime beaucoup cela. Ils font aussi un espèce de pain de blé d'Inde qui est très nourrissant. Les Hurons aiment beaucoup le blé d'Inde qu'ils font pourrir dans l'eau sale, mais il est tellement puant que je n'ai pas osé y goûté. Parfois il y a de la viande, mais les François m'ont dit que les Hurons ne sont pas très bons chasseurs. Souvent je vais moi même à la chasse et je prend des oiseaux que je partage avec
les autres François.

L'automne c'est le temps de la pêche chez les Hurons. Je crois que seul les hommes y participent. Ils pêchent surtout un poisson nommé assihendos je crois, mais ils prennent aussi des truites et des esturgeons. Ils partent en canot sur la mer Douce, et ils pèchent avec des filets ou à la ligne avec des hameçons. Il y a beaucoup de poissons dans la mer Douce et les Sauvages en prennent beaucoup. Ils font une sorte d'huile avec l'assihendos. Les poissons qui ne sont pas mangés sont fumés pour les conserver. Ils sont ensuite entreposés dans des tonneaux. Ainsi ils peuvent manger du poisson toute l'année. Un Jésuite m'a fait remarquer que les Hurons ne brûlaient pas les arêtes des poissons et qu'ils ne les donnaient pas aux chiens. Il m'a expliqué que les Hurons craignent que l'esprit du poisson voit le mauvais sort qu'on lui fait et qu'ils disent aux autres poissons de ne pas se laisser prendre. Contrairement à ce que l'on m'avait dit, je n'ai pas trouvé les Hurons hostiles. Dès mon arrivé, mon hôte m'a fait comprendre que j'étais de la famille, que je devais l'appeler mon frère. De plus, il a été très gentil avec moi, mais c'est peut être parce que je l'aidais à faire ses travaux.


MON PREMIER HIVER CHEZ LES HURONS

J'ai trouvé les premières semaines de l'hiver très pénibles. Il fait très froid, c'est inimaginable pour un François. Maintenant je trouve ça un peu moins pire, j'ai aussi emprunté une robe aux Sauvages qui me garde au chaud. La vie dans la cabane est difficile, les murs d'écorces laissent passer les vents froids. Mais le pire c'est la fumée, les Sauvages font des feux qui font beaucoup de la fumée qui remplie la cabane. Cette fumée brûle les yeux et nuis à la respiration. Avec le temps on si habitue un peu. Parfois, lorsque c'est moins froid, je vais à la chasse avec mon hôte. Principalement à la chasse au castor, on le prend en détruisant sa formidable cabane, le castor est une bête très intelligente. On prend aussi des petites bêtes comme le renard et le lièvre. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur la chasse, mais elles ont déjà été dites. Je vous invite donc à lire les récits de monseigneur Champlain pour en savoir plus. Les Sauvages ont une invention formidable, les raquettes. On les attache aux pieds et elles permettent de marcher sur la neige sans s'enfoncer. Sans elles je ne pourrais me déplacer tant il y a de la neige. J'ai remarqué que les songes avaient une grande importance pour les hurons. Un jour mon hôte m'a dit qu'il avait vu dans ses songes plein de castors, c'est pourquoi nous sommes partis à la chasse.

MON PREMIER PRINTEMPS CHEZ LES HURONS

Quand la neige a quitté le sol, les Hurons commencent à s'occuper de leurs champs. Ils sont très dépendants de l'agriculture qui leur donne la majeure partie de leur nourriture. Ils cultivent le blé d'Inde, le haricot, les courges et le tabac. Ici le champ appartient à celui qui le cultive. Pour avoir un champ les Hurons mettent le feu à la forêt. Ensuite ils enlèvent les plus gros morceaux d’arbres qui restent. Les femmes sèment ensuite plusieurs grains dans les trous faits à l'aide d'un bâton. La récolte se fait au début de l'automne par les femmes. Je crois que le rendement de leurs champs serait meilleur s'ils utilisaient les techniques françoises et s'ils utilisaient le cheval pour bien nettoyer les champs. Quand les récoltes sont terminées ils font plusieurs festins. Dans ces festins, les Hurons mangent à en être ivres. Ces festins sont donnés en l'honneur de quelqu'un ou quelque chose. Parfois ils réservent leur meilleure nourriture pour ces festins, comme les blés d'Inde puants. J'ai participé à quelques festins donnés par mon hôte, c'est une dure épreuve, car pour ne pas les vexer il faut manger tout ce qu'ils nous donnes. J'ai aussi remarqué que l'automne, les femmes et les enfants font la cueillette de plusieurs petits fruits.

MA PARTICIPATION AU COMMERCE DES HURONS

J'ai passé ma première été complète chez les Hurons, à les suivre dans leur commerce. Les Hurons sont de grands commerçants, se sont les principaux associés des François en Nouvelle-France. C'est pour cette raison que j'ai été envoyé ici. Une bonne partie des mois de juin, juillet et août a été réservée au commerce. Je suis donc parti en canot avec mon hôte et quelques Hurons vers le pays des Pétuns11, une autre tribu de sauvages. Avant de partir nous avons chargé le canot de produits de France comme des haches, couteaux, etc. Ce sont des objets que les Hurons avaient obtenus l'année d'avant. Ils les utilises un an puis les échangent aux autres tribus. Ils apportent aussi un peu de tabac. Arrivés au pays de Pétuns nous avons faits le tour de plusieurs villages. Les Hurons échangent du tabac et des produits français contre de la viande et de la peau de castor et autres animaux. Les sauvages en profitent pour renouveler des traités d'amitié. Quand la tournée est faite, c'est le voyage en direction des François. Ainsi après un long voyage nous sommes arrivés à Trois-Rivières. Là, les Hurons ont échangés leurs peaux contre différents produits François. Produits qu'ils utiliseront un an pour ensuite les échangés aux autres tribus contre des peaux. C'est de cette façon que fonctionne le commerce en Nouvelle-France, les François utilisent les Hurons comme intermédiaires.

Vous vous demandez sûrement lesquels des deux, entre les Hurons et les François, profitent le plus du commerce? Je dirais aucun. Les François font beaucoup de profit car les produits qu'ils échangent valent peu en comparaison des peaux. Mais les Hurons trouvent que les François sont fous, car ils échangent des produits très utiles contre de vieilles peaux sales et puantes. Les François donnent plus pour les vieilles peaux que les sauvages ont portés, car elles sont plus faciles à traiter. Les Hurons changent donc leurs peaux à tous les ans. Les produits français sont très appréciés des Hurons, car ils ne peuvent les fabriqués eux-mêmes, ils n'ont pas l'industrie nécessaire.

LES DIFFICULTÉS DES JÉSUITES

Je commence à bien maîtriser la langue des Hurons et je les comprends plus. C'est pourquoi je comprends les difficultés qu'ont les missionnaires à parler de la vérité du Christ aux Sauvages. Les Hurons sont attachés à leurs superstitions, les missionnaires sont courageux de vouloir leur expliquer les souffrances de Jésus. Beaucoup de Hurons meurent des épidémies, mais les François sont peu touchés par ses maladies . Les Jésuites croient que les Hurons ont associé le baptême à un remède contre les épidémies. Les Jésuites hésitent à baptiser les Hurons, car ils ont peurs des fausses conversions. J'ai demandé à des Hurons ce qu'ils pensaient du baptême et ils m'ont dit que c'était un bon remède contre les épidémies. Ils prennent le baptême et les autres cérémonies chrétiennes pour améliorer leur sort mais ils ne croient pas vraiment l'enseignement de Jésus.

AUTRES OBSERVATIONS DE LA VIE DES HURONS

Durant mon dernier hiver et mon dernier printemps avec les hurons, j'ai appris beaucoup, car je maîtrise assez bien la langue du pays. La langue des Hurons ne se sert pas des lettres B, F, L et quelques autres lettres. Ils n'ont pas de mot pour désigner plein de choses qui nous sont communes en France, c'est qu'ils ne connaissent pas ces choses. Leur langue utilise de nombreux noms composés, c'est la plus grande difficulté de la langue. Une bonne chose est que l'on peut conjuguer plein de mots, plus que dans le François et l'Anglois12. Voici quelques mots dans la langue des Hurons, je les écrit comme ils se prononcent: onoue (homme), atsihenstatsic (Jésuites), stan (non), ouenoua (tabac ou
pétun), onnenha (blé d'Inde), endaetati (Capitaine) anniennon (chien).

Je vais maintenant vous expliquer ce que j'ai compris des croyances des Hurons. J'ai un jour discuté avec le père Brébeuf et il m'a expliqué un peu plus les croyances des Hurons. Ils disent que c'est une femme, Ataentsik, qui a créé le monde. Elle serait tombée du ciel sur le dos d'une tortue qui nageait dans l'eau. La femme était enceinte et elle accoucha de deux garçons dans ce pays. Dans ce monde, il n'y avait pas de terre, c'est les animaux aquatiques qui l'ont faite. Mais les Hurons ne savent pas ce que la femme faisait au ciel, ils disent qu'il y a un monde comme ici là-bas. Il y a chez les sauvages des gens appelés sorciers ou jongleurs. Ces individus disent qu'ils peuvent guérir les gens et qu'ils communiquent avec les Esprits. Moi je dis que se sont de pauvres fols, fadas et ils sont méchants. Je n'ai pas cherché en a savoir plus sur ce sujet, car les Jésuites ont déjà écris beaucoup de choses dans leurs Relations.

La base de la république des Hurons c'est la nation. Il y a plusieurs nations comme celle de l'Ours, de la Tortue et celle de l'Aigle. Dans chaque village il y a des nations différentes. Chaque nation a deux Capitaines, un pour les affaires civils et un pour les affaires de la guerre. C'est le Capitaine civil qui est le plus important, il s'occupe de toutes les affaires de la vie courante. Dans le village il y a un conseil. Ce conseil rassemble les chefs civils des différentes nations. Un de ces chefs est choisi comme représentant du village, en raison de sa sagesse et de son bon parler. Les Capitaines n'ont pas de pouvoir comme notre bon roi. Ils ne font que proposer des choses aux autres sauvages, qui le font s'ils sont d'accord. Les Hurons accordent beaucoup d'importance à la vieillesse, car les plus âgés ont de la sagesse. Les vieux sages conseillent les Capitaines. Il y a aussi quatre tribus chez les Hurons. Ces tribus ont un conseil qui fonctionne comme celui des villages. Ces tribus sont regroupées ensemble dans une confédération des Hurons.

Chez les Hurons les femmes ont une place importante, beaucoup plus qu'en France. Elles travaillent beaucoup à la richesse du village. Elles s'occupent de l'agriculture, de la cueillette, de la récolte de bois pour le feu et du fonctionnement de la république. Ici les enfants ne prennent pas le nom de leur père, mais celui de leur mère et le mari va vivre chez son épouse. C'est le contraire de nos bons usages du Royaume de France. Ici les femmes choisissent les Chefs de la nation. Toutes les maisons longues sont dirigées par la plus vieille femme qui l'habite. Quelle serait notre réaction si les femmes choisissaient nos bons Rois?

Vers la fin du printemps, les femmes du village ont commencé à demander au Capitaine de Guerre, qui est mon bon hôte, de faire une expédition sur les Hiroquois. Les Hurons ont perdus des hommes l'été passée, dans une guerre contre les Hiroquois. Les femmes demandent que les morts soient vengés. Champlain a fait alliance avec les Hurons et le Gouverneur de Québec m'a bien dit de participer aux guerres avec les Hurons si j’en avais l’occasion. Donc, comme monseigneur Champlain le fit jadis, j'ai participé à la guerre des Hurons.

Nous sommes partis au début du mois de juin vers le pays des Hiroquois qui est tout près. Les Hiroquois sont craints de tous les Sauvages. Les Jésuites m'ont dit qu'ils étaient plus nombreux et plus vaillants que les Hurons. Ils sont aussi plus féroces et sans pitié selon les Jésuites. Le pays des Hiroquois est au sud de celui des Hurons. Les Hurons ont peu d'arquebuses, elles sont vendues seulement aux convertis. Les autres ont des massues de bois, des couteaux, des haches et des épées placées au bout d'un long bâton. Ils ont tous une méchante armure de bois, qui leur recouvre tout le haut du corps. Sur vingt sauvages, il y en a cinq qui ont des arquebuses. Mon hôte m'a dit que beaucoup plus d'Hiroquois ont des arquebuses qui viennent des Anglois, qu'ils soient maudits.

Un jour en marchant dans la forêt, un de nos éclaireurs vient nous avertir qu'un groupe de vingt-cinq Hiroquois se dirige vers nous et qu'il a déjà tué un des éclaireurs. Mon hôte me dit de me cacher dans les buissons et de me préparer a utiliser ma bouche a feu. Après avoir laissé approcher suffisamment les Hiroquois mon hôte donna le signe de l'attaque. La surprise fut totale et nous avons vaincu rapidement. Nous avons perdus trois hommes, fait dix prisonniers et tué le reste des Hiroquois. Cette guerre n'est pas aussi honorifique que les guerres que j'ai faites en Europe, mais elle est une grande victoire.

Quand nous sommes revenus au village, les femmes ont décidé d'adopter huit Hiroquois pour remplacer les morts de la tribu. Les deux autres seront soumis à la torture, oui à la torture. Les Jésuites m'avaient prévenu que les sauvages pratiquaient la torture. J'ai assisté au début de cette torture, mais je n'ai pas voulu y assister au complet. J'ai vu les Hurons brûler les Hiroquois, mais ils étaient braves et ils ont chanté pendant qu'on les torturaient. Les Hiroquois auraient fait pire, mon dit les Jésuites, s’ils avaient capturés de nos Hurons. C’est un dure pays la Nouvelle-France.

Vers le milieu de juillet le voyage de retour vers Québec débuta. En chemin nous nous sommes arrêtés quelques jours à la toute nouvelle habitation de Ville-Marie13. Nous avons aidé les missionnaires à bâtir une cabane. Plus tard nous nous sommes arrêtes à Trois-Rivières pour remettre aux Jésuites des lettres de leurs confrères du fort Sainte-Marie, siège de la mission au pays des Hurons. Finalement, le quinze août nous somme arrivés en Québec. Mon hôte huron a fait du commerce et puis nous nous sommes quittés le c½ur gros.

(FRANCO)


1 Village de la Haute-Provence. (Petit Larousse, 1989, p.1221)
2 La Compagnie des Cent Associés a été fondé par le cardinal Richelieu. C'est une compagnie privée qui s'est engagée à développer la Nouvelle-France. (Craig Brown, Histoire générale du Canada, 1993, p.131.
3 Français.
4 Aussi appelé maïs
5 Grands-Lacs
6 Les Hurons habitaient dans le sud de l'Ontario dans la région de la baie Georgienne. (Roméo Arbour, Laurent Mailhot et Jean-Louis Major, Lahontan Oeuvres complètes, 1990 p. 1218
7 Leur population est estimé a 20 000 ou 30 000 individus dans une vingtaine de villages. (Claude Chapdelaine. Le site Mandeville à Tracy, 1989, p.117.
8 Horticulteurs et semi-sédentaires habitant au sud du Saint-Laurent et du lac Ontario. Se sont les alliés des anglais. Arbour, op. cit., p.1220.
9 Les cabanes mesuraient de 6 à 7 mètres de large, la hauteur était sensiblement la même chose. La longueur dépendait du nombre de famille occupant la maison, elle pouvait atteindre plus de trente mètres de longueur. (Chapdelaine, op. cit., p.118)
10 Nom donné aux membres de la Compagnie de Jésus, fondée en 1539 par Ignace de Loyola. Ce sont principalement des missionnaires.(Petit Larousse, 1989, p.544
11 Les Pétuns sont les voisins des Hurons. Ces deux peuples sont très proches. (Arbour, op. cit., p. 1231
12 Anglais.
13 Ville-Marie est l'ancien nom de Montréal. Elle a été fondée en 1642. (Petit Larousse, 1989, p.1449

BIBLIOGRAPHIE

-ARBOUR, Roméo, MAILHOT, Laurent et MAJOR, Jean-Louis. Lahontan, Oeuvres complètes II tomes. Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1990, 1474p.

-BARBEAU, Charles Marius. Mythologie huronne et wyandotte. Montréal, les Presses de l'Université de Montréal, 1994, 439 p.

-BRÉBEUF, Jean de. Les relations de ce qui s'est passé au pays des Hurons (1635-1648). Genève, Librairie E. Droz, 1957, 228p.

-BROWN, Craig. Histoire générale du Canada. Montréal, Édition du Boréal, 1993, 694p.

-CARAYON, Auguste. Les Jésuites au Canada. Paris, L'Écureux libraire, 1864, 304p.

-CHAPDELAINE, Claude. Le site Mandeville à Tracy. Variabilité culturelle des iroquoiens du Saint-Laurent. Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 1989, 295p.

-DICKINSON, John A., YOUNG, Brian. Brève histoire socio-économique du Québec. Sillery, Édition du Septentrion, 1992, 379 p.

-OUELLET, Réal, WARWICK, Jack. Le Grand voyage du pays des Hurons\ Gabriel Sagard. Montréal, Bq, 1990, 383p.

-EN COLLABORATION. Petit Larousse illustré 1989. Paris, Larousse, 1988, 1679 p.



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