Randy Orton et moi avons un point commun: Nous sommes tous deux "third génération".Lui superstar, moi fan.
En effet, je me souviendrai toujours de ces discutions enflamées lors de mes repas dominicaux chez mes grands parents. Mon pére et mon grand pére faisant montre de la plus grande mauvaise foi en évoquant des noms évoquateurs et mystérieux comme le bourreau de béthune, Zarak, l'ange blanc, chéri bibi, le petit prince et bien d'autre. Les désaccords pour savoir qui était le meilleur catcheur entre le fils et le père Ben Chémoul(Tiens donc!) ou si le catcheur masqué et invaincu durant toutes sa carriere avait oui ou non fait une fois match nul.


Il faut dire qu'à cette époque le français moyen fan de catch se foutait complétement de technique ou de storyline. Le catch c'était passionel. Il est entendu que les matchs sont arrangés, certes, mais le public se moque complètement de savoir si le combat est truqué ou non."il n’y a pas plus un problème de vérité au catch qu’au théâtre".Le catch est une justice, comme l’explique Barthes, car le combat oppose toujours un "salaud parfait" à un héros. Mais, demande Barthes, qu’est-ce qu’un salaud pour ce public? Ce n’est pas tant le lutteur cruel ou enclin à la traîtrise que celui qui est inconséquent, en ce qu’il va réclamer la protection des lois lorsqu’elle lui est utile, et frapper l’instant d’après "un adversaire légalement protégé par les cordes.... La vertu du catch, c’est d’être un spectacle excessif... Plus l’action du « salaud » est basse, plus le coup qui lui est justement rendu met le public en joie … Les catcheurs savent très bien flatter le pouvoir d’indignation du public... Pour un amateur de catch, rien n’est plus beau que la fureur vengeresse d’un combattant trahi qui se jette avec passion... sur l’image cinglante de la déloyauté.
Je parlais de français moyen mais même les écrivain comme Roland Barthe était fan de se Spectacle à la morale binaire.il décrivaient une lutte épique entre deux personnages stéréotypés : un héros face à un catcheur fourbe et déloyal, souvent masqué, qui profite de la distraction de l'arbitre pour frapper son ennemi à terre... Au catch, dit Roalnd Barthes «un homme à terre y est exagérément, emplissant jusqu’au bout la vue des spectateurs, du spectacle intolérable de son impuissance». Il faut tenir, endurer son mal, l'exposer. L'arbitre, loin d’incarner l’ordre sur le ring, est tout autant acteur du spectacle, et susceptible d’être lui-même partie prenante des ruses des combattants. Le combat se poursuit parfois hors du ring.

Mon aieul ce vrai titi parisien,connu les heures de gloires : " Il fut une époque où les salles se remplissaient chaque semaine. Il y avait les habitués et les autres. Certains arrivaient directement en bleu de travail après leur journée. L'Elysée Montmartre programmaient des galas de catch le vendredi soir, le samedi soir et le dimanche. En même temps que ces trois réunions, il y avait la salle Wagram le jeudi, la Mutualité, le Cirque d'hiver... Paris avait assez d'amateurs de catch pour que l'on puisse programmer sept réunions par semaine. C'était toujours salle pleine. C'était dans les années cinquante... soixante-dix..."
Certains catcheurs étaient de véritables stars ."l'Ange Blanc" a dès son premier passage à la télévision "fait un véritable malheur" plus de mille coups de téléphone, dès la fin de son combat victorieux contre le boucher de la Villette, le moustachu Paul Villard, obstruent le central... pour sa première au Palais des Sports l'on s'est battu pour entrer dans "feu" l'ancien Vel d'Hiv, plus de 15.000 spectateurs, tous les records de recette pulvérisés, en effet deux fois plus de spectateurs que pour le championnat du monde de boxe entre Chérif Hamia et l'Américain Percy Basset. Quand il combat, des femmes prient, agenouillées et baisent ses mains au passage, son courrier est plus important que certaines vedettes du cinéma. En 1959 Louis Merlin directeur d'Europe n° 1, l'engage pour suivre la Caravane du Tour de France, chaque soir à la ville-étape il combattra un vilain, Europe n°1 contera ses exploits.

Le Catch en France était structuré. Les combats n'étaient pas organisés par des promoteurs financiers spécialisés dans l'organisation de spectacle. Les quelques 300 catcheurs français ainsi que les nombreux catcheurs étrangers luttant en terre gauloise se répartissait entre 4 fédérations différentes.
La Fédération International de Lutte de Combat: Présidé par Albert Ben Chemoul et Alexandre Goldstein, elle comptait en son sein une légende de cette époque: René Ben Chemoul, Champion du monde de catch mi-moyens qu'il conserva 7 années consécutivement. Parmi ses pensionnaires, nous avions Walter Bordes le partenaire par équipe de Ben Chemoul, Gilbert Cesca, Gil Voiney (il fut l'Homme Masqué également).
La Fédération Françaises des Lutteurs indépendants: Dirigé par Roger Delaporte, cette fédération avait pour lieu d'entraînement et siège la prestigieuse salle de l'Elysée Montmatre. Les principaux lutteurs de cette écurie étaient outre Delaporte lui même: son partenaire par équipe André Bollet, Bobby Duranton et son valet Firmin, Karl Von Kramer, Garo Katcherian, Gilbert Le Magouroux, Lino Di Santi, le champion canadien Franck Valois, Eddy et Jacky Wiecz.
Vient ensuite la Fédération Française de Lutte Professionnel sous direction du "matchmaker" Maurice Durand qui comptait dans son équipe Gilbert Leduc, champion du monde des Lourds légers, Le Bourreau de Béthune, Chéri Bibi ainsi que son accolyte bagnard Eric Husberg, Jack de Lassartesse, José Arroyo, The Batman, James Brown...
Enfin pour terminer la Fédération Française de Catch Professionnel dirigée conjointement par Etienne Siry et Robert Lageat dans laquelle nous pouvons retrouver Franscico Pino alias l'Ange Blanc, Le Lion de Lorraine André Drapp, Jean Ménard, Le Petit Prince, Spartacus, M'Boaba, Alan la foudre, Lafeuille, Jacky Corn, Gass Doukhan, Michel Saulnier champion du monde des poids légers, le Mercenaire Fred Magnier, Black Shadow.
Ces 4 Fédérations travaillaient dans le même sens. Les galas réalisés par chacune mettait aux prises des catcheurs de Fédérations différentes. Il en était de même pour les différents titres de champion de France, d'Europe et du Monde, il n'y avait pas de titres propres à une fédération mais un seul et même titre ou chaque fédération concurrençait l'une contre l'autre.
Et puis, allez savoir pourquoi, ce grand art est devenu parent pauvre. Trop théâtral comme sport ? Trop sportif comme spectacle ? Vers la fin des années 80, les unes après les autres, les salles parisiennes ont cessé de programmer le catch. Salle Wagram, Cirque d'hiver, Elysée Montmartre, Mutualité, le Stadium...Puis humiliation ultime, les catcheurs furent assimilés comme intermittant du spectacles.
Une plaisanterie veut résumer la manière dont le catch est perçu à travers le monde : « Au Japon, c'est un sport. Au Mexique, c'est une religion. Au Canada, c'est une tradition. Aux États-Unis, c'est une farce ».